Cinéclub

Duel, réalisé par Steven Spielberg

Duel, réalisé par Steven Spielberg

Duel, réalisé par Steven Spielberg, USA, 1971

Mardi 30 mars, 16h10, Aula

 

Duel est le deuxième long-métrage de Steven Spielberg conçu à l’origine pour la télévision. Ce film est sorti en 1971 à la télévision puis en 1972 au cinéma. La carrière de Steven Spielberg, alors âgé de 25 ans, prendra un énorme essor grâce à ce film.

Dans ce film, on suit la mésaventure qu’un représentant en informatique, David Mann, rencontre sur son trajet à travers les routes du désert de Californie. Durant tout son trajet, celui-ci sera pourchassé par un vieux camion-citerne qui semble vouloir lui faire la peau. On ne sait rien de ses motivations ni même de la personne qui le conduit mais celui-ci le poursuit sans jamais s’arrêter. Il s’ensuit alors une course poursuite à travers les routes désertiques d’Amérique entre un camion fou et David Mann qui tente désespérément de se sauver.

Par ce film, Steven Spielberg lance sa carrière cinématographique en jouant merveilleusement sur le suspense que procure le film. Encore aujourd’hui, ce film à petit budget est considéré comme l’un des chefs-d’œuvre de Steven Spielberg.

Pour le ciné-club, Léonard Gavillet, 4F4

Vous trouverez également une bande-annonce alternative du film sur notre chaine youtube: https://www.youtube.com/watch?v=1zTU4v_ASao

Fitzcarraldo, réalisé par Werner Herzog, ALL, 1982, VoStD

Fitzcarraldo, réalisé par Werner Herzog, ALL, 1982, VoStD

Mardi 2 mars, 16h10, Aula

En quelques lignes

Au début du XXe siècle, Brian Sweeney Fitzgerald, plus connu sous le nom de Fitzcarraldo, rêve de construire le plus grand opéra du monde à Iquitos, au cœur de l’Amazonie. Pour obtenir l’argent nécessaire à son projet, il achète une concession de caoutchouc le long du fleuve Uycali, réputé inaccessible à cause de violents rapides. Pour atteindre sa concession, Fitzcarraldo choisit de descendre le fleuve Pachitea, séparé de l’Uycali seulement par une montagne...

Et en un peu plus

Fitzcarraldo fait partie de ces films dont la fiction qu’il met en place semble se fondre, voire se dissoudre, dans le récit du tournage dantesque qui l’a vu naître. Il faut dire qu’une nouvelle collaboration entre le réalisateur Werner Herzog et l’acteur Klaus Kinski n’augurait pas d’horizons calmes. Entre les ambitions démesurées du premier et l’instabilité psychique du second, auxquelles il fallait encore ajouter un plateau fiché au cœur d’une Amazonie péruvienne hostile à tous égards, tout était réuni en effet pour que les plus fameux « ennemis intimes » du cinéma fassent de l’envers du décor, celui qu’habituellement cinéastes et scripts cherchent à faire disparaître, le décor même d’une œuvre de légende à part entière, probablement plus célèbre que le film.

Depuis Aguirre, la colère de Dieu, les deux hommes rompus aux fleuves déchaînés travaillent malgré eux à constituer une œuvre dans laquelle le cinéma devient expérience continue, confuse et torrentielle, où rien ne semble ne pas pouvoir être pris au sérieux, où tout est engagement excessif de corps, de moyens, où tout est souvent engloutissement et chaos, de la présentation initiale du scénario aux conférences de presse. Les notions de « métier » ou de « travail », dans leur relation,

Au début du XXe siècle, Brian Sweeney Fitzgerald, plus connu sous le nom de Fitzcarraldo, rêve de construire le plus grand opéra du monde à Iquitos, au cœur de l’Amazonie. Pour obtenir l’argent nécessaire à son projet, il achète une concession de caoutchouc le long du fleuve Uycali, réputé inaccessible à cause de violents rapides. Pour atteindre sa concession, Fitzcarraldo choisit de

descendre le fleuve Pachitea, séparé de l’Uycali seulement par une montagne...

paraissent céder leur place à celle d’aventure poursuivie à cor et à cri jusqu’au cœur des ténèbres. Tout porte à croire en ce sens que si Herzog et Kinski étaient mandatés pour couper un gâteau à l’occasion de l’anniversaire d’un ami commun, ils le feraient avec la même intensité, la machette à la main, avec le même sérieux rageur, et si possible dans des conditions excessivement dangereuses.

Dans son livre La Conquête de l’inutile, Herzog revient sur certains des événements survenus sur le tournage de Fitzcarraldo, durant lequel semblent s’être condensées à l’extrême les forces ambivalentes, à la fois créatrices et destructrices, qui ont traversé son travail de cinéaste et sa collaboration avec Klaus Kinski. On y découvre, entre autres folies, l’auto-amputation à la tronçonneuse d’un employé mordu par un serpent, deux accidents d’avion ayant provoqué de graves problèmes de ravitaillement pour l’équipe, une guerre entre le Pérou et l’Equateur, les caprices de Kinski exigeant de l’eau minérale pour prendre sa douche en pleine jungle, et surtout ses colères noires, déjà fameuses à l’époque, si violentes que les Indiens machiguengas engagés sur le tournage auraient proposé au réalisateur de le tuer gratuitement... sans compter la nécessité de déplacer un bateau à vapeur de 300 tonnes par-dessus une montagne, pour les besoins du scénario.

Des anecdotes célèbres qui relèvent autant du réel que de la fiction, et se mélangent dans ce qu’Herzog a nommé très explicitement « une œuvre de prose, un rêve ou un délire en état de fièvre ». La Conquête de l’inutile, plus qu’un journal de tournage, est donc la transposition littéraire d’une expérience presque hallucinatoire, au moins aussi véridique que fantasmée, dont on retrouve finalement la trace et les échos dans une œuvre finale tout aussi délirante, mégalomaniaque, à la fois résultante d’une folie et la mettant en scène, dans une vertigineuse mise en abyme. Reste à savoir si, comme cela a pu lui être reproché, Fitzcarraldo n’est qu’une coquille vide, un film qui « n’exhibe que les restes vitrifiés ou mous d’un projet fou [et] d’un tournage héroïque ». Et si la beauté de cette œuvre ne se logeait pas, justement, dans le sentiment d’inachèvement, de lyrisme et de déliquescence épique qu’elle suscite à son visionnement ?

Vous trouverez également une bande-annonce alternative du film

Hauru no Ugoku Shiro, réalisé par Hayao Miyazaki, JPN, 2004 VoStD

Hauru no Ugoku Shiro, réalisé par Hayao Miyazaki, JPN, 2004 VoStD

Mardi 19 janvier, 16h10, Aula

En quelques lignes :

Dans un univers merveilleux où magie et technologie steampunk se côtoient, une jeune chapelière, maudite par la maléfique Sorcière des Landes, se réfugie dans le château ambulant du sorcier de sinistre réputation Hauru.

Et en un peu plus :

Voilà bien deux décennies que le nom du réalisateur Hayao Miyazaki est familier du grand public international et que le studio Ghibli, dont il est le co-fondateur, est envisagé comme un contrepoids nécessaire au mastodonte tentaculaire qu’est devenu Disney.

Au regard des œuvres produites, leur réputation n’est certainement pas galvaudée et le studio n’usurpe pas, pour l’heure, son nom emprunté à un avion de reconnaissance italien construit dans les années trente, le Caproni Ca. 309 Ghibli. Pour le maître de l’animation, il s’agit en effet à chaque film, au prix d’un travail éreintant et d’angoisses constantes, de repousser les limites de ce qui a été réalisé préalablement, de porter à bout de bras des projets que la volonté de ne jamais rien lâcher, le refus de déléguer quoi que ce soit et l’âge rendent chaque fois un peu plus écrasants. Plus qu’un sacerdoce, Miyazaki a fait de l’animation sa croix. A le voir vivifier en quelques retouches l’héroïne sur un autre projet du studio, on ne peut égoïstement que se féliciter de voir ce vieil homme renoncer à sa retraite pour venir

geindre derrière sa table de travail : « Quelle corvée ! Quelle corvée ! » en révisant image par image le travail de ses animateurs ou en s’arrachant les cheveux face à un storyboard qui lui résiste. Ne professe-t-il pas lui-même : « Les choses les plus importantes de la vie sont des corvées. Si elles disparaissaient de nos vies, on les redemanderait. » ?

Miyazaki est assurément le cœur du studio Ghibli et, par conséquent, sa force autant que sa faiblesse. Car sans lui, il y a fort à craindre que le studio ne s’écroule après avoir titubé quelque temps en laissant derrière lui un sillage de briques, cigarettes, aquarelles et papier qui le composaient.

Pour sa part, Diana Wynne Jones, l’auteure britannique de Howl’s Moving Castle, est peu connue du public francophone, en dépit d’une carrière littéraire acclamée dans le milieu de la fantasy. Malgré une adaptation très libre de son œuvre par Miyazaki, elle a beaucoup apprécié Hauru no Ugoku Shiro qu’elle qualifie de « merveilleux, riche et étrange, admirablement animé », alors qu’une partie de son lectorat a été terriblement déçu par les nombreuses libertés prises par Miyazaki dans sa réécriture du roman.

Celui-ci l’a en effet habité de ses propres démons. Il a soufflé sur les braises d’une guerre simplement évoquée par l’auteure pour la rendre omniprésente, chargeant les eaux de cuirassés et les cieux des machines volantes qui lui sont chères. Il a retouché les traits de son Hauru pour en faire un féroce opposant à la guerre plutôt qu’un séducteur impénitent et vaniteux, gommant en partie son caractère de drama queen. Sur Sophie, il a fait planer l’image de sa propre mère, faisant dire à l’auteure : « tant Sophie que Howl sont plus aimables et plus nobles que dans mon roman ». Enfin, il a ignoré des pans entiers de l’intrigue originale, comme il l’avait déjà fait lorsqu’il s’était agi d’adapter son propre manga à l’écran. Loin de s’en offusquer, l’auteure remarque qu’« il faut apprécier le film tout autant que le livre, qui sont tous deux un peu différents, mais emplis de choses fabuleuses » sans doute parce qu'ils ont chacun une approche de l’écriture radicalement opposée. Miyazaki ne travaille pas, en effet, en partant d’un scénario, mais à partir d’aquarelles qui stimulent son imagination. « Les trames trop logiques étouffent la créativité. Mon but est de briser les conventions. Les enfants comprennent. Ils ne fonctionnent pas logiquement. » Que l’on ne s’étonne donc pas d’une résolution abrupte de l’intrigue qui pourrait laisser sur leur faim les amateurs de géopolitique fantastique.

En visionnant Hauru no Ugoku Shiro, il s’agirait donc peut-être de se laisser porter par l’imaginaire, suivant l’exemple de ces deux enfants anonymes : d’une part le garçonnet qui suggérait à Diana Wynne Jones dans une école que « ce serait trop bien d’avoir un château qui bouge dans une histoire », d’autre part la fillette de passage un soir dans le quartier de Kajinochō à Koganei où se trouvent les studio Ghibli qui disait à Miyazaki « Merci pour le château ambulant ! ».

 

Vous trouverez également une bande-annonce alternative du film  réalisée avec l'aimable collaboration de Mme Nobile ici :   https://vimeo.com/495183969

Sorcerer, réalisé par William Friedkin, USA, 1977 VoStD

Sorcerer, réalisé par William Friedkin, USA, 1977 VoStD

Mardi 17 novembre, 16h10, Aula

En quelques lignes :

Porvenir, trou infect au fin fond de l’Amérique latine, n’est plus qu’une prison pour les quatre hommes qui s’y sont réfugiés, chacun pour ses raisons. Afin de réunir assez d’argent pour en repartir, ils acceptent de convoyer sur des routes approximatives un chargement hautement explosif.

Et en un peu plus :

Baudelaire, qui n’a pas que des qualités, disait toutefois du commerce qu’il est par essence satanique, parce qu’il est le prêté-rendu, « le prêt avec le sous-entendu : Rends-moi plus que je ne te donne ». Peu de chose l’illustrent avec autant d’évidence que la lecture du box-office américain au fil des années. Deux tableaux valant mieux qu’un long discours, jetons un œil à celui de 1977 ainsi qu’à celui de l’année dernière, encore intouché par le COVID  (cf. PDF)

 

Indépendamment de la nostalgie passéiste pour laquelle, même en ce qui concerne les visites chez le dentiste, « C’était mieux avant », on peut relever deux faits. L’homme d’affaire avisé notera que les montants sont un peu plus conséquents aujourd’hui. Le cinéphile averti ne pourra pas s’empêcher de remarquer que pour un film prolongeant une franchise en 1977, on en trouve huit en 2019, auxquels s’ajoutent deux remakes.

Parcourez les box-offices des années précédentes, vous constaterez peut-être que cela illustre une tendance du cinéma moderne… entendons par là du cinéma tel qu’il est consommé, tel qu’il se vend... mais inévitablement aussi, l’argent restant le nerf de la guerre, tel qu’on le produit et donc tel qu’il se fait.

Quel rapport avec Sorcerer, direz-vous ?

D’une part, indépendamment de leur succès critique, les deux précédents films de son réalisateur, The French Connection et The Exorcist nichaient aux box-offices de 1971 et 1973 (respectivement en 3e et en 1ère position). Friedkin n’est donc pas un outsider, mais un réalisateur jusque-là bankable.

D’autre part, comme son titre francophone de Le convoi de la peur le laisse à penser, Sorcerer est le remake du Salaire de la peur d’Henri-Georges Clouzot.

Que dire donc, sinon du mal, de ce remake qui fut un échec critique et surtout commercial ? De ce remake abandonné progressivement par les stars qui avaient été pressenties par Friedkin pour incarner ses personnages, Steve McQueen, parce que le réalisateur refusait d’y faire de la place pour son épouse, Lino Ventura, parce que le retrait de McQueen l’inquiétait, Marcello Mastroianni parce qu’il avait à faire juridiquement à l’époque, Robert Mitchum parce que, quitte à tomber d’un camion, il préférait le faire chez lui plutôt qu’en Equateur ? De ce remake aux ambitions démesurées, au tournage chaotique et dispendieux, grand pourvoyeur de paludisme et de gangrène ?

On peut en dire qu’il s’oppose à la majorité des remakes et des reboots modernes qui nous cuit et recuit à partir de chaque franchise le même plat insipide pour faire le beurre des producteurs. Sorcerer, à défaut d’être un bon investissement, refond et prolonge avec audace l’œuvre qu’il revisite, la réinvestissant de nouvelles valeurs. Son intrigue devient pour Friedkin une métaphore d’un monde malade, dont le long prologue nous offre quelques aperçus, avant de le condenser dans cet infâme clapier ironiquement appelé Porvenir auquel il n’existe pas d’issue parce que tous les chemins finissent par y mener. Sorcerer n’est pas davantage un film facile, reposant sur des ficelles éprouvées, afin de plaire à coup sûr aux foules. Il tient davantage du pont de lianes fatigué, jeté au-dessus de flots tumultueux : on s’y engage sans être certain de voir l’autre côté. Car il dérange par sa narration distendue, sa galerie de sales types, son voyage hallucinatoire, sa conclusion pessimiste.

Sorcerer pourrait être vu comme une tentative de s’extirper d’un Porvenir cinématographique, dont chaque lendemain est une copie misérable de la veille.

 

Vous trouverez également une bande-annonce alternative du film sur la chaîne youtube du cinéclub:  https://youtu.be/Xy9PuZjuS-g

 

Mad Max Fury Road, réalisé par George Miller

Mad Max Fury Road, réalisé par George Miller
  • AUS, 2015, VoStD, Jeudi 1er octobre, 16h10, Aula

En quelques lignes

Hanté par un lourd passé, Mad Max (Tom Hardy) estime que le meilleur moyen de survivre est de rester seul. Cependant, il se retrouve embarqué par une bande qui parcourt la Désolation à bord d’un camion piloté par l’Imperator Furiosa (Charlize Theron). Ils fuient la Citadelle où sévit le terrible Immortan Joe qui s’est fait voler quelque chose d’irremplaçable. Enragé, ce Seigneur de guerre envoie ses hommes pour traquer les rebelles, impitoyablement...

Et en un peu plus

À y regarder de loin, Mad Max Fury Road a tout du film de bonhomme. Entre une affiche célébrant le cambouis, les flingues et le désert, et une bande-annonce faisant vrombir V8 et autres moteurs pimpés dans un déluge d’action sans égal, le dernier film de George Miller pourrait en effet passer pour l’incarnation de ce qu’Hollywood a proposé de plus misogyne : un cinéma voué au culte d’une virilité indexée sur la taille du fusil en poche ou de la voiture en main, parcouru de femmes-objets réduites au rang de faire-valoir, trophées de chasse pour mâles occupés à guerroyer pour une cause quelconque... Dans Mad Max Fury Road en effet, le vrai bonhomme suinte jusque dans le titre du film lui-même : il s’agirait donc de Max, d’un Max bien taré, et d’une route furieuse à prendre le long de laquelle s’égrèneraient les cadavres au rythme des pétoires d’un héros en quête de liberté, dans un monde gangréné par la violence et les affrontements motorisés.

Oui, Mad Max Fury Road, c’est aussi ça.
Sauf que pas seulement, sauf que peut-être même, pas vraiment.

Car le vrai personnage principal du film est bien Furiosa, et sienne la quête qui donne son sens à l’arc narratif déployé par George Miller. Issue d’une culture matrilinéaire à laquelle elle a été arrachée pour devenir bras droit du patriarche-dictateur Immortan Joe, seigneur de guerre ayant construit sa domination sur le monopole de l’eau dans un monde dévasté par une apocalypse nucléaire, Furiosa se retourne contre son chef en lui volant ce qu’il possède de plus précieux : cinq de ses nombreuses épouses et pondeuses dont il espère obtenir un fils « parfait ». Dans ce contexte, le personnage joué par Charlize Theron est bien loin de fonctionner comme la copie conforme, en négatif, du héros masculin badass, et déjoue tous les poncifs machistes de la « femme forte » dont la seule qualité serait...celle de se comporter comme un homme. Refusant la domination des hommes, solidaire à l’égard des femmes, beauté célébrée dans son imperfection sans que celle-ci ne soit jamais thématisée, Furiosa incarne la lutte contre une masculinité toxique et décadente, obsédée par l’idée de la filiation mâle et de la possession du corps des femmes, dont la domination est construite non seulement sur un rapport de violence sexuelle, mais aussi sur la prédation sociale et écologique.

« We are not things ! », tonne le personnage de Splendid dans un slogan que Furiosa pourrait reprendre à son compte dans un cri de rage profondément politisé.

Quant au Max qui donne son titre au film, il est un homme enchaîné, muselé, regardé de haut, traité comme une marchandise par d’autres hommes et innommé une heure durant – le sort de tant de femmes, au cinéma comme à la vie – dont la présence devient progressivement celle d’un personnage secondaire, fondamental mais effacé, qui laisse place et parole à Furiosa. S’agit-il pour autant d’un film stigmatisant les hommes ? Non, et cela grâce à la figure de Max, fou solidaire, homme sans ego libéré de ses chaînes (celles de l’injonction à la virilité ? de la soumission à des codes moraux assujettis à l’idée de la domination masculine ?), grâce à Nux également, figure d’adolescent pétri d’incertitudes et de contradictions qui ne cesse d’interroger sa soumission à l’autorité du Père. Grâce à ces quelques « hommes justes » en somme, perdus dans un monde d’hommes toxiques – dans tous les sens du terme – mais dont la présence comme « résiduelle » et nécessaire laisse espérer la possibilité de l’adelphité, condition d’une humanité véritablement solidaire.

 

Vous trouverez également une bande-annonce alternative du film sur la chaîne youtube du cinéclub:  https://www.youtube.com/watch?v=z-qCzXq_wb4&ab_channel=Fen%C3%AAtressurCour

Présentation de la saison 2020-2021

« En voiture Simone ! »

« Le cinéma ne nous donne pas une image à laquelle il ajouterait le mouvement, il nous donne immédiatement une image-mouvement. » 

(Gilles Deleuze, Cinéma I : L’image-mouvement, 1983)

 

 

« En voiture Simone ! » Pour sa saison 2020-2021, le cinéclub Fenêtres sur cour vous invite à faire exploser votre bilan carbone en toute bonne conscience, ou presque. Sans qu’il faille toutefois investir dans un bolide de luxe ou dans un abonnement au magazine Turbo, c’est à un voyage puissamment motorisé que nous vous convions cette année, placée sous l’égide des camions diesel, des locomotives et des opéraphiles mégalomanes.

Pour débuter notre périple, nous monterons à bord d’engins post-apocalyptiques zigzagant furieusement dans un désert rougeoyant, crachant les fumerolles de leurs V8 à chaque coup d’accélérateur. Oui mais cette fois pas de Simone qui klaxonne. Simone est Furiosa, elle a le volant et est vénère, son bras en moins n’est que le signe de la force en plus qu’il faut malheureusement déployer, en tant que femme, pour être considérée comme l’égale de l’homme, au cinéma comme à la vie.

En camion, nous nous rendrons au cœur d’une Amazonie fantasmée pleine de dangers, en compagnie de renégats désireux de se racheter et de nitroglycérine taquine, afin d’explorer ensemble ce qui constitue peut-être le seul film de suspensions au monde. Jamais essieux, pneus et autres calandres n’auront eu plus grand rôle à jouer dans un film, parole de mécano.

En train, nous nous lancerons à la poursuite d’un amour (et d’un train) filant dans l’Est américain, et traverserons 2287 mètres de pellicule en compagnie d’un Buster Keaton aussi badass que Tom Hardy – la classe et la mélancolie burlesques en plus – dans une œuvre patrimoniale du cinéma mondial qui n’a rien à envier aux productions contemporaines. Yes indeed, General.

En château ambulant, variation steampunk de la roulotte née de l’esprit fantasque du génial Hayao Miyazaki, nous traverserons les paysages oniriques d’une Europe de bric et de broc, mêlant Angleterre victorienne, Autriche habsbourgeoise et Paris de la Belle Époque. Catalyseur de fantasmes et de rêves d’une beauté sidérante, la machine miyazakienne est une véritable fabrique à fiction qu’il nous tarde de visiter avec vous.

En bateau, nous voguerons à la poursuite d’un rêve fou, avec à la barre un Klaus Kinski plus barré que jamais, toujours partant quand il s’agit de déplacer des montagnes pour réaliser un projet à sa (dé)mesure. Il s’agira cette fois de financer un opéra en pleine forêt amazonienne (encore elle !), puissant aimant à chimères et destination fétiche des voyageurs cinématographiques les plus insensés.

En roulotte-photomaton, en compagnie de la cinéaste Agnès Varda et du photographe J.R., nous arpenterons enfin la France des campagnes à la rencontre de ses habitants dans un road trip sans brusqueries mécaniques ni course-poursuite effrénée, dont l’itinéraire se construit au gré du désir simple de célébrer des regards, des visages, des villages.

« En voiture, Simone ! », à travers sa galerie de véhicules qui vrombissent comme autant de machines à rêves (ou à cauchemars !), est donc l’occasion de fêter le cinéma pour ce qu’il est, par essence : l’art du mouvement par excellence.

Ready for the ride ?

Pour le cinéclub,

Olivier Vonlanthen & Matthieu Troillet